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Les pesanteurs socioculturelles comme obstacles persistants à la scolarisation des filles au Bénin.
Au Bénin, l’Etat a mis en place des politiques tendant à faire de l’éducation l’une de ses priorités dans les stratégies de développement, appuyé en cela par les ONG nationales et internationales et les pays occidentaux. Des efforts ont été accomplis, qui permettent de dire que la question de l’éducation a connu une certaine évolution. Mais des réserves peuvent être émises quant à l’incidence de ces politiques sur la scolarisation des filles.
Par Abalo Ouboulè
L’un des Objectifs du Millénaire pour le Développement, est d’assurer, d’ici 2015, l’instruction primaire à tous les enfants en âge d’aller à l’école. Dans sa politique structurelle largement soutenue par les « partenaires au développement », le Bénin a opté pour une universalisation de l’instruction primaire. Le taux brut de scolarisation, qui était de 59,5% en 1992, est évalué à 94,3% en 2002. L’accent est mis sur la scolarisation des filles dans un souci d’équité et de parité. Dans ce cadre, de nombreuses actions d’amélioration de l’accès à la scolarisation et celle du maintien des files à l’école, ont été entreprises. La gratuité de la scolarisation des filles au niveau du primaire et dans les écoles publiques en est une illustration. Cette politique est renforcée par l’action des ONG internationales et nationales qui contribuent à rendre effective la scolarisation des filles, à travers la sensibilisation, le parrainage, des aides alimentaires, la dotation en fournitures scolaires sous forme de kits, etc.
De nombreuses disparités filles/garçons font cependant obstacle à l’atteinte des résultats escomptés.
La première réside dans le statut de la femme. En milieu rural, la femme n’a pas le même statut que l’homme. Les pouvoirs de décision sont concentrés entre les mains des hommes, les femmes étant reléguées au second plan. Dans ce contexte socioculturel défavorable à la femme, l’avenir de la jeune fille est tributaire du sort que lui réservent les hommes. Dans certaines régions du nord Bénin, les mariages précoces et forcés sont toujours perçus par les populations comme un gage de l’enracinement culturel et une légitimation de l’autorité monoparentale détenue par les pères : “C’est comme cela que nos aïeux ont toujours fait”. Certaines communautés conçoivent encore difficilement que la réussite des filles puisse passer par l’école. Au contraire, elles y perçoivent un frein à leur insertion sociale qui doit, selon les normes culturelles, passer par le mariage et la maternité.
La seconde tient au fait qu’à partir de 11 ans, lorsque les filles parviennent à franchir le cap du cours moyen, elles sont exposées aux grossesses non désirées. L’éducation sexuelle est un sujet tabou. Livrées à elles-mêmes face aux sollicitations des garçons et des adultes, les filles sont contraintes d’arrêter leurs études en raison d’une sexualité précoce et non maîtrisée qui les expose aux grossesses non désirées qui constituent par ailleurs l’une des causes de leur déperdition scolaire.
A toutes ces raisons, il faut ajouter les problèmes économiques. Dans certaines localités, les filles, après le cycle primaire, doivent rejoindre le collège situé souvent à plusieurs kilomètres du village. La distance devient un obstacle à la poursuite de leur scolarité et, quand par le jeu des affinités familiales et après de nombreuses manœuvres, elles arrivent à trouver un logement près du collège, elles doivent affronter, seules, les problèmes liés à leur survie. On parle alors du « système D », comme se « Débrouiller », la jeune fille devant recourir à tous les moyens, y compris tenir des relations sexuelles avant des personnes nettement plus âgées, pour avoir de quoi manger, se vêtir, se soigner et s’acheter ses fournitures scolaires.
Les raisons évoquées ici, pour expliquer les pesanteurs socioculturelles qui freinent la scolarisation des jeunes filles au Bénin, ne sont pas exhaustives. Elles constituent cependant des obstacles de premier plan sur lesquels les acteurs qui militent en faveur de la scolarisation des filles au Bénin, devraient agir, dans l’urgence.
